Si l’annulation par le Président brésilien de sa rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères a suscité «un moment de gêne», mais la réaction des médias français est toutefois «exagérée», a déclaré le politologue Paulo Velasco, de l’Université de Rio de Janeiro.

Le politologue Paulo Velasco, professeur à l’Université de Rio de Janeiro (UERJ) et chercheur au Centre brésilien des relations internationales (Cebri), a estimé dans une interview que la réaction était «exagérée».

Les relations ne sont pas au beau fixe

Selon lui, Jair Bolsonaro a créé un malaise diplomatique, mais la réaction des médias français reste excessive.

«Je n’emploierai pas des expressions aussi dures, mais cette [annulation de rencontre, ndlr] engendre un moment de gêne», a-t-il confié, ajoutant que Jean-Yves Le Drian était accompagné de son homologue brésilien Ernesto Araujo, ce qui signifie que le protocole a été respecté.

Toutefois, a-t-il poursuivi, le comportement du Président brésilien a un impact négatif sur le dialogue avec la France.

«Ce n’est pas bon quand un Président annule à la dernière minute une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères d’un pays aussi important que la France», a-t-il fait remarquer.

«La France est l’un des grands pays influents qui soutiennent officiellement le Brésil dans son aspiration à disposer d’un siège permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. La France et un partenaire historique du Brésil sur des dossiers aussi sensibles que le domaine militaire. Elle a été notre partenaire dans le cadre du programme de construction d’un sous-marin nucléaire et celui de sous-marins en général», a expliqué Paulo Velasco.

Mais aujourd’hui, les relations entre les deux pays ne sont pas au beau fixe, en grande partie en raison de désaccords sur des problèmes politiques liés à l’environnement, a-t-il reconnu.

«Le Brésil a tendance à minimiser l’importance du réchauffement climatique», mais l’Europe, elle, «abuse» du sujet environnemental à des fins politiques, a-t-il constaté.

«Les pays européens mettent à profit toute situation pour avoir une force de négociation face au Brésil et faire pression sur le pays afin qu’il fasse ou ne fasse pas quelque chose dans des intérêts commerciaux et économiques», a-t-il conclu.

Explications

Jair Bolsonaro s’est expliqué jeudi 1er août sur sa décision d’annuler le rendez-vous, officiellement pour des questions d’agenda.«J’ai annulé […] J’avais un autre engagement, comme celui de parler avec vous, par exemple […] Qu’est-ce qu’il est venu discuter avec des ONG ici? Dès qu’on parle d’ONG, il y a une alarme [qui s’allume, ndlr] dans la tête de celui qui a un minimum de bon sens», a déclaré le Président brésilien à des journalistes.

En déplacement au Brésil, Jean-Yves Le Drian a rencontré «des membres de la société civile pour relever ensemble les défis du changement climatique et de la protection de l’environnement, en perspective de la COP 25», avait indiqué l’ambassade de France au Brésil.

Le ministre français devait s’entretenir le 29 juillet avec le Président brésilien. Une réunion annulée in extremis par ce dernier pour cause de… coupe de cheveux.

Le dossier environnemental

L’environnement est un sujet sensible pour Jair Bolsonaro, un climato-sceptique, qui a récemment suscité un tollé en remettant en cause des chiffres officiels montrant une augmentation de la déforestation et a demandé à être prévenu avant qu’ils soient rendus publics.Et même si Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro affichent régulièrement leurs divergences, notamment sur les problématiques environnementales, les relations bilatérales restent importantes, Brasilia étant le premier partenaire commercial de Paris en Amérique latine.

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