C’était un voyage « historique »: le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a fait escale quelques heures lundi à Pohnpei, principale île des Etats fédérés de Micronésie, pour afficher l’intérêt renouvelé de Washington pour ses alliés du Pacifique, aussi petits soient-ils, sur fond de confrontation régionale avec la Chine.

C’était la première fois qu’un chef de la diplomatie américaine se rendait dans cet Etat paradisiaque loin de tout et peu habitué à accueillir les grands de ce monde, où il a rencontré les dirigeants de la fédération, mais aussi ceux des Palaos et des îles Marshall, autres micro-pays du Pacifique.

Ce déplacement était d’autant plus notable que ces mêmes dirigeants avaient été reçus il y a moins de trois mois par le président américain Donald Trump à la Maison Blanche.

« Nous savons que la Chine cherche à s’impliquer et à influencer cette région », a déclaré M. Pompeo à Pohnpei. « Mais j’ai confiance dans le fait que la population des îles Marshall, la population des Palaos et la population de l’endroit où nous nous trouvons aujourd’hui comprennent que les meilleurs partenariats sont avec les partenaires démocratiques, les Etats-Unis, l’Australie et le Japon et les autres démocraties du Pacifique. »

La visite de Mike Pompeo s’inscrit dans la politique américaine pour une « région indo-pacifique libre et ouverte », dont l’objectif assumé, et déjà clamé ces derniers jours par le secrétaire d’Etat à Bangkok puis à Sydney, est de contrer une puissance chinoise jugée de plus en plus expansionniste.

Car si ces îles sont petites et dispersées dans l’océan, elles s’étendent d’est en ouest sur 2.700 km, un détail de taille lorsqu’un des principaux contentieux sino-américains dans la région porte sur la liberté de navigation.

« Le fait qu’il s’agisse d’une zone stratégique n’est pas nouveau », assure un haut responsable américain, sous couvert d’anonymat, évoquant des liens historiques anciens. Mais les « échanges » récents « ont lieu à un niveau clairement élevé », a-t-il reconnu.

« Au cours de la dernière année, les Etats-Unis ont oeuvré de manière proactive pour renforcer leurs positions dans la région des îles du Pacifique, qu’ils considèrent comme stratégiques », explique à l’AFP la chercheuse Elizabeth Economy, du cercle de réflexion américain Council on Foreign Relations.

Le président micronésien David Panuelo s’est félicité lundi d’une « visite historique » de M. Pompeo.

Washington est déjà bien présent en Micronésie – une fédération qui réunit quatre pays formés de plus de 600 petites îles et atolls sur la ligne de l’Equateur – grâce à une coopération dans le domaine du développement, ainsi qu’à sa protection militaire.

Les Etats fédérés de Micronésie, jadis appelées les îles Carolines sous tutelle américaine, bénéficient depuis les années 1980 d’un statut de libre-association avec les Etats-Unis. Mais ces accords doivent être renouvelés dans les prochaines années.

« Je suis heureux d’annoncer aujourd’hui que les Etats-Unis ont commencé à négocier l’extensions des accords respectifs de libre association », a déclaré M. Pompeo.

L’activisme de Pékin, accusé de mener son offensive à coups d’infrastructures et de prêts, et ses efforts pour que les îles Marshall et Palaos rompent leurs relations diplomatiques avec Taïwan, ont alarmé l’administration Trump.

« Les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre de considérer comme acquis le soutien des îles du Pacifique », prévient Elizabeth Economy.

Encore récemment, le gouvernement américain a pu constater l’importance de ces petits pays, lorsqu’ils ont été parmi les seuls à l’Assemblée générale de l’ONU – où leur voix compte comme celle de chaque Etat – à afficher leur soutien à Washington après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Reste un point, crucial pour ces îles, sur lequel Mike Pompeo ne s’est pas étendu: le réchauffement climatique qui, par l’élévation du niveau des océans, menace leur existence même. L’administration Trump, qui confie volontiers son scepticisme sur ce sujet, ne semble pas en faire une priorité de ses relations renouvelées avec la Micronésie.

« Nous avons parlé des inquiétudes quant à l’élévation du niveau des mers, ici », a simplement indiqué le secrétaire d’Etat.

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