En Tunisie, un service de call-boy-compagne s’avère être, en dernier lieu, un canular… engagé! C’est la dernière trouvaille de jeunes activistes tunisiens, déterminés à choquer pour provoquer le débat, accompagner le cadre légal préexistant et saper les derniers tabous sur les violences faites aux femmes.

Face caméra, allure décontractée et sourire aux lèvres, Ahmed Farhat présente sa start-up au grand public tunisien. Ce (très) jeune entrepreneur — la vingtaine tout au plus — commence par rappeler quelques chiffres alarmants sur les violences faites aux femmes. Un prélude nécessaire lui permettant d’aborder la gamme de services, pour le moins particuliers, qu’offre la société dont il affirme être le PDG. La singularité des prestations offertes par la structure n’a d’égal, d’ailleurs, que l’originalité de son nom. «Rouijel», ou «petit homme» en dialectal tunisien. Autant d’ingrédients à même de lui assurer de se hisser, en si peu de temps, leader national sur le marché tunisien. D’autant plus qu’en abordant sa prospection commerciale, le projet s’appuie sur de drôles de références…

«Ce projet a déjà réussi en Afghanistan et en Irak, et aujourd’hui, on est heureux de le présenter en Tunisie! L’application Rouijel permet à n’importe quelle femme qui voudra sortir sans être harcelée de faire appel à un Rouijel, qui se chargera d’elle!», annonce Ahmed Farhat.

Les drapeaux irakien et afghan défilent sur l’écran, avant de laisser place au logo de l’application, qui sera disponible — évidemment — sur Android et iOS. Il représente le buste d’un homme, avec une musculature généreuse, à mi-chemin entre Popey et Superman. Ses traits ne sont pas révélés, mais il est paré d’une moustache de style guidon, et d’un collier, qu’on devine en or. Une image renvoyant au ringardisme à la tunisienne dans toute sa splendeur.

Dans la foulée, Ahmed Farhat enchaîne sur une liste tout aussi ubuesque des «forfaits». Pour une jeune fille désirant se faire escorter, ce sera 39 DNT l’heure, soit l’équivalent de 12 euros. Pour «les fêtardes», le tarif s’élèvera à 199 DNT (62 euros) «la nuit». «Les femmes libérées», euphémisme, sans doute, de libertines, n’auront, quant à elles, qu’à s’acquitter d’un forfait mensuel de 699 DNT (217 euros). Une politique tarifaire clairement favorable, à première vue, aux plus coquines, encore que les prudes y trouvent aussi leurs comptes: Une réduction de 20 % est prévue, si la cliente en question est «voilée ou qu’elle porte le Niqab», ajoute la promotion.

Une indulgence qui semble moins imputable à une culture du consensus, régnant au sommet de l’État, entre progressistes et islamistes, que sur une idée, assez répandue, selon laquelle les femmes voilées seraient les moins exposées aux violences sexuelles. Dans cette perspective, le shift du «Rouijel» engagé serait, probablement, moins agité, ce qui justifierait la remise. Une idée reçue ne résistant, guère, toutefois, à l’épreuve de la pratique… ni des statistiques.

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