Le président brésilien Jair Bolsonaro a ouvert une nouvelle polémique mercredi en faisant l’apologie du régime Pinochet pour rejeter les critiques de Michelle Bachelet, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU et ex-présidente du Chili personnellement marquée par la dictature.

Jair Bolsonaro a dénoncé mercredi « l’ingérence, dans la ligne (du président français Emmanuel) Macron », de l’ONU « dans les affaires intérieures et la souveraineté » du Brésil, après que Mme Bachelet a déploré un « rétrécissement de l’espace démocratique » au Brésil sous sa présidence d’extrême droite.

M. Bolsonaro a accusé sur Twitter Mme Bachelet de défendre « les bandits qui attaquent nos courageux policiers civils et militaires » alors qu’elle s’était inquiétée des exécutions extra-judiciaires par les forces de l’ordre.

Jair Bolsonaro a ensuite attaqué personnellement Mme Bachelet sur Facebook. « Elle oublie que le Chili n’est pas devenu un (nouveau) Cuba grâce à ceux qui ont eu le courage de renverser la gauche en 1973, parmi ces communistes, son père », a écrit le président, apologue assumé par ailleurs de la dictature au Brésil.

Le père de Mme Bachelet, Alberto Bachelet, un général d’aviation, est mort à 50 ans en prison, où il a été torturé, un an après le coup d’Etat d’Augusto Pinochet.

Les remarques sur Pinochet ont choqué au Chili où le président Sebastian Pinera a indiqué, dans une déclaration publique: « Je n’adhère en aucun cas à l’allusion faite par le président Bolsonaro concernant une ex-présidente du Chili, et en particulier sur un sujet aussi douloureux que la mort de son père ».

M. Bolsonaro avait poursuivi ses attaques personnelles contre Mme Bachelet. « Quand les gens n’ont plus rien à faire, ils vont occuper un siège aux Droits de l’homme à l’ONU », a-t-il ironisé devant la presse à propos de l’ex-présidente, qui a quitté le pouvoir en 2018.

Le ministère des Affaires étrangères du Brésil a dit avoir reçu « avec indignation » les commentaires de Mme Bachelet, et a demandé à ses services d’éviter « les précipitations, mensonges et citations inappropriées au moment de commenter la politique intérieure d’un pays démocratique comme le Brésil ».

Ces attaques interviennent trois semaines avant que Jair Bolsonaro ne prononce le premier discours de l’assemblée générale de l’ONU, le 24 septembre à New York.

Bras de fer

« Ces derniers mois, nous avons observé un rétrécissement de l’espace civique et démocratique, caractérisé par des attaques contre les défenseurs des droits de l’homme, des restrictions imposées au travail de la société civile », avait déclaré Mme Bachelet à Genève.

Elle a fait état d’une « augmentation » du nombre des personnes tuées par des policiers au Brésil, soulignant que cette violence touchait surtout les Afro-Brésiliens et les habitants des favelas.

En évoquant Emmanuel Macron dans son tweet, le président brésilien a fait allusion au bras de fer qui les oppose depuis deux semaines, sur une tout autre question : les incendies en Amazonie, qualifiés de « crise internationale » par la France.

M. Bolsonaro exige, avant toute discussion avec Paris, que le président français « se rétracte » après avoir évoqué une internationalisation de la préservation de l’Amazonie. Le Brésil ne cesse de réaffirmer sa souveraineté sur les 60% de la gigantesque forêt tropicale qu’il abrite.

« Pas besoin d’aumône »

Mme Bachelet a aussi évoqué devant la presse l’Amazonie, touchée par des milliers d’incendies volontaires destinés à faire place nette aux cultures et à l’élevage bovin.

« En ce qui concerne l’Amazonie, 33% des incendies se produisent dans des terres indigènes ou dans des lieux protégés », a affirmé Mme Bachelet.

« Nous avons dit au gouvernement qu’il devrait protéger les défenseurs des droits de l’homme, des défenseurs de l’environnement, mais aussi examiner les mesures qui pourraient déclencher des violences contre eux », a-t-elle ajouté.

« Exploitation illégale des ressources naturelles, principalement agricoles, forestières et minières » : pour Mme Bachelet, cette « violence liée à la protection de l’environnement » est observée dans tout le pays et frappe « surtout les communautés indigènes ».

Mis sous une pression intense par la communauté internationale, France en tête, M. Bolsonaro s’est arc-bouté sur le thème de la souveraineté du Brésil, cher à sa base électorale.

A l’occasion de la célébration de la Journée de l’Indépendance samedi, l’ex-capitaine de l’armée a appelé les Brésiliens à sortir dans les rues vêtus de jaune et vert, les couleurs du drapeau national, pour « montrer au monde qu’ici c’est le Brésil » et que « l’Amazonie nous appartient ».

Des étudiants et des groupes d’opposants ont eux appelés à protester samedi habillés de noir, en signe de « deuil » lié à la politique du gouvernement.

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