Des dizaines de journalistes ont manifesté jeudi 3 octobre au Cachemire indien contre les restrictions draconiennes de communications depuis deux mois, qui rendent presque impossible l’exercice de leur métier.

Si les lignes téléphoniques fixes sont rétablies, les liaisons internet et les téléphones portables restent coupés dans la majeure partie de la vallée de Srinagar depuis début août, date à laquelle New Delhi a révoqué unilatéralement le statut d’autonomie de cette région himalayenne contestataire et disputée avec le Pakistan. Pour aller sur internet, les 250 journalistes accrédités de la région doivent se rendre dans un centre géré par le gouvernement dans la grande ville de Srinagar. Ils doivent souvent attendre des heures pour pouvoir utiliser l’un des 10 ordinateurs, pour un maximum de 15 minutes.

«Nous protestons contre le bâillonnement de la presse auquel fait face la profession», a déclaré Shuja ul Haq, président du Club de la presse du Cachemire, l’un des quelque 160 journalistes participant à ce rassemblement à Srinagar. «Chaque journaliste a souffert et nous demandons au gouvernement qu’il lève le blocage des communications», a-t-il ajouté avant une marche silencieuse. Le centre de presse n’a pas de lignes téléphoniques fixes. Pour utiliser l’unique téléphone portable, les journalistes doivent inscrire leur nom sur une liste. D’après eux, les ordinateurs sont surveillés et l’internet y fonctionne très lentement. Les reporters locaux sont aussi soumis à des restrictions de déplacements, même si celles-ci ont été partiellement assouplies ces dernières semaines, notamment dans les zones rurales.

En raison de ce que les journalistes décrivent comme des pressions du gouvernement, les journaux cachemiris ne publient ces derniers temps presque que des communiqués officiels ou des histoires légères. Il n’y a quasiment aucun contenu sur ce qu’il se passe hors de Srinagar. Les autorités de New Delhi ne délivrent pas aux journalistes étrangers de permis pour visiter cette zone très militarisée, où le sentiment anti-indien est fort au sein de la population locale. Des centaines de milliers de soldats indiens sont déployés à travers la région pour empêcher tout embrasement. Des milliers de Cachemiris, dont les principaux responsables politiques locaux, ont été arrêtés depuis août. La Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, s’est dite le mois dernier «très préoccupée par les actions récentes» prises par l’Inde et a jugé «important que le peuple du Cachemire soit consulté sur les décisions sur son avenir».

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