C’était un objectif lancé par Emmanuel Macron lors de sa visite à l’Académie Française, en 2018. Les ministres Le Drian et Blanquer l’ont mis en musique.

D’ici 2030, Paris entend doubler le nombre d’élèves qui fréquentent les lycées français à l’étranger. Les professeurs détachés seront plus nombreux, mais ne pourront partir que pour une durée de 6 ans.

On compte actuellement 522 établissements français sur tous les continents, dans 139 pays. Pour un total de 370 000 élèves scolarisés. À la fois des élèves français, des élèves du pays d’accueil mais aussi un certain nombre d’élèves internationaux qui profitent de l’étendue du réseau pour assurer une continuité dans la scolarité de leurs enfants. Ces chiffres, le gouvernement français entend les doubler d’ici dix ans.

« C’est un instrument stratégique de notre diplomatie d’influence », déclarait Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, « un enjeu géopolitique. Notre pays dispose de leviers sans pareille que nous voulons renforcer ». Une question de « valeurs » et aussi un moyen de lutter « contre l’obscurantisme et l’intégrisme » au nom de la tradition éducative française. Pour ce faire, le gouvernement entend augmenter de 25 millions d’euros les subventions allouées à l’AEFE, l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger, « dès 2020 ».

Dans ces établissements, 35 % des élèves sont français et 65 % des élèves étrangers. Et l’empreinte éducative, en matière linguistique mais plus largement culturelle, reste durablement auprès de cette population formée dans les lycées français. Ce qui en fait un relais durable d’influence, même s’il est moins spectaculaire que d’autres leviers.

On parle souvent, à propos de la francophonie, d’un potentiel de 700 millions de locuteurs à l’horizon 2050. Mais ce n’est qu’un potentiel basé sur les projections démographiques de la population africaine. Sans une stratégie pour l’accompagner, rien ne dit que certains pays ne basculeront pas vers d’autres langues, à commencer par l’anglais.

« Nous avons constaté que nous ne sommes pas présents dans 300 villes de plus d’un million d’habitants », remarque Jean-Marie Blanquer, le ministre de l’éducation. L’objectif est d’agir à plusieurs niveaux. La création de nouvelles écoles, le renforcement des partenariats privé-public. « En renforçant l’éducation plurilingue », explique le ministre, pour éviter la fuite de certains élèves vers le système anglais. « Dans certains pays du Golfe, un français sur deux est scolarité dans un système anglophone : nous devons pouvoir les faire revenir ».

Pour cela, le ministère de l’éducation s’apprête à créer 1 000 postes supplémentaires dans la décennie à venir, pour professeurs et agents qui seront détachés pour une durée désormais limitée à 6 ans. Afin « de donner la possibilité à plus de profs d’avoir une expérience à l’étranger », précise le ministre. Des compléments de formation vont également être mis sur pied au niveau Master.

Un conseil d’orientation stratégique interministériel (Affaires Étrangères et Éducation Nationale) va ainsi être mis sur pied pour orchestrer ce projet. « Ces lycées ne sont pas des bulles détachées, mais elles doivent s’articuler avec l’ensemble de notre système éducatif », insiste Jean-Marie Blanquer.

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