Sylvie Goulard, László Trócsányi et Rovana Plumb. Trois candidatures au poste de commissaire européen ont été rejetées. Paris dénonce des « petitesses politiques ». Mais c’est aussi l’expression d’un Parlement européen qui a gagné en influence.

Et de trois candidats retoqués. Le processus de confirmation par le Parlement européen de la future Commission européenne ressemble à un véritable chemin de croix pour l’Allemande Ursula von der Leyen qui doit en prendre la tête le 1er novembre.

Après le Hongrois László Trócsányi, puis la Roumaine Rovana Plumb, fin septembre, c’est la Française Sylvie Goulard qui a vu sa candidature au poste de commissaire européenne bloquée par les eurodéputés, jeudi 10 octobre.

László Trócsányi, qui était pressenti au poste de commissaire au Voisinage et à l’Élargissement, et Rovana Plumb, qui devait s’occuper des Transports, ont été bloqués par les parlementaires à cause de soupçons de conflits d’intérêts. Sylvie Goulard, quant à elle, a échoué à justifier pourquoi deux enquêtes en cours contre elle en France l’ont poussée à démissionner du gouvernement d’Édouard Philippe mais ne l’empêcheraient pas d’accéder au poste de commissaire européenne au Marché intérieur.

Un Parlement plus influent et des eurodéputés revanchards

Les Parlementaires ont « déjà bloqué la nomination de l’un ou l’autre des candidats par le passé, mais trois d’un coup, c’est vrai que c’est beaucoup », reconnaît Peter Nedergaard, spécialiste des institutions européennes au Centre for european politics de l’Université de Copenhague, contacté par France 24. Pour lui, cette hécatombe tient avant tout au fait que « le Parlement européen a gagné en confiance depuis que ses pouvoirs ont été renforcés par le traité de Lisbonne ». Avant cette date, la procédure de validation des commissaires européens était une simple formalité.

Ursula von der Leyen ferait donc les frais d’un Parlement devenu plus influent et qui compte bien s’affirmer davantage pour ne plus apparaître comme une chambre d’enregistrement des décisions de la Commission européenne ou du Conseil des ministres de l’Union européenne, où se déroule l’essentiel des tractations pour répartir les portefeuilles de commissaires entre les différents États membres.

L’Allemande n’est pas la première à soumettre ses candidats à la sagacité des parlementaires européens dopés au traité de Lisbonne. Jean-Claude Juncker l’a précédé en 2014. « Mais il était le candidat du Parlement européen, ce qui lui a beaucoup facilité la tâche », rappelle Peter Nedergaard. Ursula von der Leyen a, elle, été imposée à la majorité des élus européens qui avaient choisi de soutenir le conservateur allemand Manfred Weber. Une candidature qui s’était heurtée à la résistance farouche d’Emmanuel Macron.

Ce sont donc des eurodéputés habités d’un esprit revanchard qui ont participé au marathon de la confirmation des candidats aux postes de commissaires européens. « Pour eux, c’était l’occasion de montrer leurs muscles », confirme Peter Nedergaard. Une grille de lecture qui semble valider la réaction du président français Emmanuel Macron après le rejet de la candidature de Sylvie Goulard. Le locataire de l’Élysée a, en effet, dénoncé ce qu’il a appelé des « petitesses politiques » qui résulteraient du « ressentiment » des parlementaires. La secrétaire d’État française aux Affaires européennes Amélie de Montchalin a même suggéré que « ces calculs politiques » engendraient une « crise institutionnelle majeure » en Europe car sans commissaire français, « la Commission ne peut se mettre en route ».

Opposition tous azimuts ?

Une manière de dramatiser la situation qui ne reflèterait cependant pas la réalité, d’après Peter Nedergaard. La France, tout comme la Hongrie et la Roumanie, va présenter un nouveau candidat et « au final, le Parlement devrait confirmer la composition de la Commission européenne », pronostique cet expert danois.

Le Parlement européen n’est pas non plus entré dans une posture d’opposition tous azimuts. « Les trois recalés posaient de réels problèmes », rappelle Peter Nedergaard. Les eurodéputés se sont montrés beaucoup plus compréhensifs avec d’autres candidats qui n’avaient pas brillé durant leurs auditions. Ainsi, le candidat polonais au poste de commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a été si peu convaincant qu’il n’a même pas été applaudi par les parlementaires à la fin de son oral. Ce qui ne l’a pas empêché d’être confirmé. Les sociaux-démocrates ne se sont pas non plus opposés au conservateur grec Margaritis Schinas, pressenti au poste très controversé de commissaire à la « Protection de notre mode de vie européen ». Ces mêmes eurodéputés avaient pourtant menacé de s’opposer à tout candidat pour un portefeuille dont l’intitulé a été très critiqué pour « ouvrir la porte aux amalgames et raccourcis » xénophobes.

Il est donc un peu trop simple d’affirmer, comme l’a laissé entendre Paris, que le processus de confirmation des commissaires européens a uniquement été l’occasion pour Manfred Weber et ses amis de se faire plaisir en s’offrant une revanche politique. Il y a probablement un peu de ça dans la pagaille actuelle qui entoure la formation de la commission Von der Leyen, mais c’est aussi le reflet d’un Parlement européen, seule institution européenne dont les membres sont élus au suffrage universel, devenu plus puissant.

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