La chambre basse du Congrès a adopté mercredi une résolution condamnant le retrait des troupes américaines, signe du malaise que cette politique provoque jusque dans les rangs républicains.

Les chefs de file des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi et Chuck Schumer, quittant la Maison Blanche mercredi après un entretien houleux avec Trump.

La Chambre des représentants a adopté mercredi à une très vaste majorité une résolution non-contraignante condamnant la décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines du nord de la Syrie, signe du malaise grandissant que cette politique a provoqué jusque chez ses alliés républicains. Présentée par des élus démocrates et républicains, cette résolution «s’oppose à la décision de mettre fin aux efforts des Etats-Unis pour empêcher les opérations militaires turques contre les forces kurdes syriennes dans le nord de la Syrie». Elle a été adoptée par 354 voix contre 60, avec l’approbation de 129 républicains sur les 197 siégeant à la chambre basse.

Le texte appelle en outre le président turc Recep Tayyip Erdogan à «cesser immédiatement» ses opérations dans le nord de la Syrie et à «respecter les accords existants». Il exhorte «les Etats-Unis à maintenir le soutien aux communautés kurdes syriennes à travers un soutien humanitaire», à «s’assurer que l’armée turque agisse avec retenue» et la «Maison Blanche à présenter un plan clair et précis pour vaincre durablement» le groupe Etat islamique (EI).

«Le président a déchaîné une escalade vers le chaos et l’insécurité en Syrie lorsqu’il a donné à la Turquie le feu vert pour attaquer nos partenaires kurdes», a affirmé la présidente de la Chambre, la démocrate Nancy Pelosi. Le large soutien républicain apporté à ce texte accentue la pression sur le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, pour qu’il organise à son tour un vote sur la résolution. Le retrait du nord de la Syrie annoncé par Donald Trump «était une erreur. Et j’espère qu’il n’est pas trop tard pour arrêter cette agression», a déclaré McConnell sans toutefois annoncer de date pour un vote.

«Politicienne de bas étage »

Si cette résolution est plus symbolique que contraignante, elle n’est pas du goût du locataire de la Maison Blanche, qui a reçu sans ménagement une délégation de parlementaires venus peu après le vote évoquer avec lui la situation en Syrie. L’entretien a tourné court, Donald Trump n’hésitant pas à qualifier la chef démocrate du Congrès, Nancy Pelosi, de «politicienne de bas étage», selon les témoins sur place. «Nous avons vu le président craquer, c’est triste à dire», a commenté cette dernière en quittant la Maison Blanche. «Il a été insultant, particulièrement envers» Mme Pelosi, a affirmé Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat.

Donald Trump s’est ensuite déchaîné contre son adversaire politique. «Nancy Pelosi a besoin d’aide et vite! Soit il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ‘là haut’, soit elle n’aime tout simplement pas notre grand pays», a tweeté dans la soirée le milliardaire républicain. «Elle a totalement craqué à la Maison Blanche aujourd’hui. C’était très triste à voir. Priez pour elle, c’est une personne très dérangée!», a-t-il ajouté après avoir publié une photo montrant son opposante debout, un doigt accusateur pointé vers lui. Il s’agissait de leur première rencontre officielle depuis que la démocrate a lancé, le 24 septembre, une procédure explosive de destitution à son encontre.

Loin de dévier de sa trajectoire, Donald Trump a par la suite défendu bec et ongles le retrait des troupes américaines de Syrie lors d’une conférence de presse. «Nous n’avons pas besoin d’être engagés dans des guerres sans fin, nous ramenons nos soldats», a-t-il martelé. «J’ai gagné l’élection sur cette base. Que ce soit bien ou mal, c’est comme ça! Je suis prêt à parier – c’est mon instinct politique qui me le dit – que c’est ce que l’Amérique veut.» «Si la Turquie pénètre en Syrie, c’est une affaire entre la Turquie et la Syrie, ce n’est pas une affaire entre la Turquie et les Etats-Unis comme beaucoup de gens stupides voudraient vous le faire croire», a-t-il encore justifié, n’hésitant pas à qualifier le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), qui mène une sanglante guérilla contre la Turquie depuis des décennies, de «menace terroriste» «probablement» plus grande que l’Etat islamique.

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