L’étonnante histoire de ce vase antique volé par les nazis et restitué à la Grèce

Un vase antique à l’histoire mouvementée vient d’être restitué à la Grèce. D’abord offert au vainqueur du marathon lors des premiers Jeux olympiques de l’ère moderne, l’objet avait ensuite été exfiltré hors du pays par des nazis.

L’étonnante histoire de ce vase antique volé par les nazis et restitué à la Grèce

Deux silhouettes noires en pleine course se détachent sur un fond orangé. Les sportifs ornent un vase grec antique arrondi, plus large que haut, doté de deux anses. C’est un skyphos, un objet servant de gobelet dans la Grèce antique. Il remonterait au VIe siècle avant notre ère, et serait originaire de la cité grecque de Thèbes.

Le vase a été présenté au Musée national d’archéologie d’Athènes, en Grèce, ce mercredi 13 novembre : il vient d’être restitué au pays, après des dizaines et des dizaines d’années d’errance. La dernière étape d’une histoire très mouvementée.

Le vase a été retrouvé grâce à Georgios Kivvadias, le directeur des collections de vases antiques au Musée national d’archéologie d’Athènes. C’est lui qui a pu reconstituer son histoire, et la dérouler au quotidien britannique The Guardian. Même si plusieurs zones d’ombre subsistent.

La première apparition relativement récente du skyphos remonte à 1896. Cette année-là, les premiers Jeux olympiques de l’ère moderne sont organisés à Athènes.
L’homme qui arrive en tête de l’épreuve de marathon s’appelle Spyridon Louis. Ce berger grec ou porteur d’eau, âgé de 23 ou 24 ans selon les sources, devient un héros national, au moment où il franchit le premier la ligne d’arrivée.

En récompense, Spyridon Louis reçoit le fameux vase de Thèbes. Ensuite, on perd la trace de l’objet. Jusqu’en 1934.

Le skyphos se trouve alors entre les mains d’un certain Werner Peek. Cet archéologue allemand travaille pour l’Institut archéologique allemand d’Athènes. Il est aussi un « ardent sympathisant nazi », précise encore le Guardian.

Peek a également amassé une collection d’objets antiques de 68 pièces.

En 1934 toujours, l’homme aurait tout donné à Hermann Göring. Celui qui deviendra le second personnage du régime nazi, puis sera condamné à mort à l’issue de son procès de Nuremberg, visite alors Athènes.
Il aurait fait sortir toute la collection de Peek de Grèce dans des valises diplomatiques.

On perd ensuite, une nouvelle fois, le fil de l’histoire du vase.

Ce que l’on sait, toujours grâce à Georgios Kivvadias, c’est que Peek retourne en Allemagne en 1937. Il s’installe dans l’est du pays, et remet la main sur le skyphos, dans des circonstances qui restent encore à préciser.

Après la chute du régime nazi, il vit « pendant des années » en République démocratique allemande, où il travaille comme enseignant, selon les informations du cadre du Musée national d’archéologie d’Athènes.

En 1986, Werner Peek parvient à franchir le Rideau de fer et à passer à l’Ouest. « Il a alors décidé de vendre sa collection à l’Université de Münster (NDLR : alors en République fédérale d’Allemagne), qui l’a acquise sans connaître son origine exacte », complète Georgios Kivvadias.

Le vase reste alors en possession de l’institution, qui l’expose « pendant de nombreuses années » dans la section sport de son Musée d’archéologie, précise l’université dans un communiqué de presse.

L’histoire rebondit une nouvelle fois, un quart de siècle plus tard. « En 2012, on m’a demandé d’enquêter sur ce qu’il était advenu du vase, retrace Georgios Kivvadias. J’ai commencé à éplucher nos archives. Nous pensions qu’il serait répertorié dans nos inventaires, mais ce n’était pas le cas. »
Il se met alors à la recherche du vase. Après deux ans d’enquête, Kivvadias retrouve l’objet. « Il est tombé, par hasard, sur une photo du skyphos dans une monographie académique publiée à Münster », précise encore l’université.

Il contacte ensuite l’institution, qui l’aide à identifier l’origine du vase, puis se rend sur place. L’université accepte de rapatrier l’objet en Grèce.

Aujourd’hui, il est exposé au Musée national d’archéologie d’Athènes, précise le Guardian. Et toujours selon l’université, Georgios Kivvadias « a promis de donner une réplique du skyphos » au musée de Münster.

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