Nikola Mirkovic répond à nos questions avant son retour attendu au Donbass

Nikola Mirkovic, connu pour sa diplomatie et ses missions humanitaires dans les Balkans et dans les républiques du Donbass, a annoncé sur les réseaux son retour à Donetsk pour 2020. En exclusivité pour News-Front, il partage son expérience, et offre son analyse sur cette guerre qui oppose l’Ukraine au Donbass depuis le 2 mai 2014

Nikola Mirkovic lors d’une mission humanitaire dans le Faubourg de Donetsk, 2019

 

En tant que président de « Ouest-Est », avez-vous remarqué une évolution de l’intérêt des Français vis-à-vis de la guerre Ukraine-Donbass ? Si oui, comment l’expliquez-vous ?

Les médias dominants boycottent complètement ce conflit donc il y a encore beaucoup de Français à alerter sur le sujet. La récente réunion au format de Normandie à Paris a bien aidé, car pour une fois le Donbass a été un sujet important pendant quelques heures dans l’espace médiatique français. Malheureusement les journalistes ont fait un travail superficiel et peu se sont rendus sur le terrain pour faire des reportages dignes de ce nom. Pour autant il y a plus d’intérêt qu’avant. Au bout de 5 ans de guerre certaines choses finissent par se savoir. A force de conférences, de partage d’information sur les réseaux sociaux, d’articles dans les médias alternatifs, on réussit à toucher de plus en plus de monde. Il faut néanmoins encore poursuivre l’effort.

 

Vous êtes engagé auprès du Donbass depuis le début de la guerre dans un cadre humanitaire, pouvez-vous nous raconter votre dernière mission en date et les raisons qui vous ont pousser à la réaliser ?

Ma première mission au Donbass date de décembre 2014 sur la ligne de front à Pervomaïsk et j’y retourne chaque année depuis. Lors de notre dernière mission au mois de mai nous avons accompli plusieurs objectifs : acheter du matériel électroménager et des jouets pour l’orphelinat de Mama Lida à Donetsk, distribuer de l’aide alimentaire aux familles qui habitent à l’arrière de la ligne de front et distribuer de l’aide aux personnes âgées qui habitent sur la ligne de front. Nous avons aussi aidé une famille que nous aidons depuis quelques années et à qui nous avons réussi à acheter un appartement en août dernier. Leur maison avait été détruite par un bombardement ukrainien au début de la guerre. C’était une très grosse joie pour nous car ça a représenté beaucoup de temps pour récupérer les fonds nécessaires. Voir les sourires de la famille dans leur nouveau logement aura été notre plus grande récompense.

 

Vous avez récemment annoncé votre retour pour l’année 2020, quels sont vos futurs projets au Donbass ?

Nous venons en effet de lancer notre nouvelle campagne d’appel de fonds pour aller aider les victimes de la guerre au Donbass. Nous allons poursuivre notre aide à l’attention des plus démunis c’est-à-dire les enfants et les vieillards qui survivent sur la ligne de front où les combats se poursuivent malheureusement. Nous allons aider aussi une école, comme nous l’avons fait dans le passé, pour que les enfants apprennent dans des conditions dignes du XXIe siècle.

 

Comme chacun le sait, les dirigeants de l’Ukraine porte la responsabilité de cette guerre à la Fédération de Russie, comment expliqueriez-vous l’importance de ces derniers d’invoquer une soi-disant « agression russe » au Donbass ? Par ailleurs, quels sont pour vous les raisons de cette guerre, et pourquoi persiste-t-elle ?

C’est de la rhétorique moderne que les Atlantistes ont perfectionné depuis des décennies : on attaque un adversaire puis on inverse les rôles et on se fait passer pour les victimes à coups de montages politiques et de mensonges médiatiques. Cette guerre est la conséquence du Maïdan qui a lui-même été activement soutenu, orchestré et financé par les puissances occidentales dont les États-Unis en tête. Nous avons toutes les preuves. Des Ukrainiens ont cru qu’ils allaient rentrer du jour au lendemain au paradis et que tous leurs problèmes disparaitraient. C’est tout le contraire qui s’est passé car ils ne se sont pas rendu compte que Washington s’est servi d’eux dans leur guerre à distance contre la Russie. Comment pouvait-il en être autrement ? Pour renverser illégalement le président en place les Américains se sont appuyés sur des groupuscules néo-nazis farouchement antirusses alors qu’une partie importante de la population d’Ukraine se sent très proche de la Russie pour ne pas dire carrément russe. Là où les Américains et les putschistes ont été surpris est qu’une partie de la population russophone du pays s’est soulevée et a refusé le pouvoir illégitime de Kiev. Je pense que les Maïdanistes pensaient les avoir à l’usure mais ne s’attendaient pas à ça, ils ont été pris de court. Je dirais même qu’ils ont été pris à leur propre jeu. Prendre la capitale avec le soutien de Washington et de Bruxelles c’est une chose, aller imposer le putsch au reste du pays en était une autre et le peuple du Donbass a montré qu’il ne se laisserait pas faire. Ceux qui ont envoyé les tanks et les avions de combat ce sont les putschistes de Kiev, les habitants du Donbass n’ont fait que se défendre. Comme ils ont ridiculisé l’armée ukrainienne alors ces derniers ont accusé la Russie au lieu d’avouer qu’ils étaient mauvais. D’ailleurs le général ukrainien Viktor Muzenko a clairement dit qu’il ne se battait pas contre l’armée russe sur le terrain. Markian Lubkivsky conseiller du directeur du SBU a lui aussi dit qu’il n’y avait pas de troupes russes sur le sol ukrainien. Alors on ne peut que rire quand le Général américain Breedlove, commandant de l’OTAN en Europe, disait que l’armée russe était présente au Donbass. Il s’est même ridiculisé en envoyant une photo prouvant la présence russe au Donbass au sénateur américain James Inhofe qui s’est empressé de la publier avant qu’on l’informe qu’il s’agissait d’une photo prise en 2008 lors de la guerre avec la… Géorgie. L’Amérique et les putschistes du Maïdan portent seuls la responsabilité de cette guerre. L’Amérique veut affaiblir la Russie car elle ne veut pas qu’elle se rapproche de l’Europe. La Russie est perçue par les néoconservateurs de Washington comme un concurrent potentiel d’envergure au niveau politique et économique, c’est cela la véritable raison de la guerre.

 

D’après vos différentes actions menées au Donbass et les témoignages que vous avez pu recueillir, quelles sont vos impressions quant aux sentiments des habitants des Républiques du Donbass, par exemple, vous semblent-ils plutôt optimistes ou pessimistes quant à leur avenir ?

J’ai visité les deux Républiques et j’ai rencontré beaucoup de personnes et notamment des personnes qui souffrent. Malgré la situation terrible je les sentais optimistes. Toutes ces personnes avaient la possibilité de fuir ou de changer de camp. Elles ne l’ont pas fait. Elles restent car elles sont chez elles et qu’elles portent le message politique du Donbass libre. Elles y croient et savent qu’elles gagneront à la fin. Je l’ai entendu de la bouche de mères de familles, de médecins, de mineurs, de vieillards et même d’enfants. C’est impressionnant même si pour elles c’est parfois très, très dur de survivre dans les conditions dans lesquelles elles vivent actuellement. C’est une belle leçon d’humanité et d’engagement. C’est pour cela que les putschistes de Kiev n’arrivent pas à les battre. Il est très difficile de battre un peuple aussi résilient que cela.

 

Aussi, avez-vous remarquer des attentes particulières de ces derniers quant à l’avenir du pays ? Y a-t-il, entre autres, des différences d’opinions au sein de la population vis-à-vis d’un rapprochement avec la Russie ?

Tous veulent la paix et on les comprend. Ne pas savoir si son enfant rentrera de l’école, si sa maison survivra la nuit, si on pourra manger à la fin du mois… C’est terrible et inhumain. Tout de suite après la paix il y a une unanimité sur le fait que la vie politique ne sera plus jamais comme avant. Je n’ai rencontré personne qui voulait retourner sous la domination de Kiev en revanche j’en ai rencontré plusieurs qui sont très fiers de leurs nouvelles républiques et même certains qui ont fait leur demande pour un passeport russe. Je sens que la grande majorité veut l’indépendance et que beaucoup ne seraient pas contre une réintégration dans la Russie..

 

Vous avez par ailleurs et à plusieurs reprises rencontrer des hauts dirigeants de la République de Donetsk, quelles sont leurs sentiments vis-à-vis de votre soutien, sachant que la France ne reconnaît pas la légitimité de ces Républiques du Donbass ?

Ils nous ont toujours très bien traités et même invités parfois à des événements importants comme le 5e anniversaire de la République Populaire de Donetsk ou la cérémonie d’investiture du nouveau président Denis Pouchiline. Je crois qu’au début ils étaient surpris de voir des étrangers débarquer pour aider puis ils ont vu le travail effectué. Ils ont eu des rapports de nos distributions sur la ligne de front. Nous sommes allés dans des endroits où aucun humanitaire ne va et on a apporté une aide humanitaire à des personnes vraiment dans le besoin. Les autorités ont évidemment apprécié. Nous apportons un message de paix et disons aux personnes visitées, comme aux autorités, qu’il ne faut pas confondre le gouvernement français et le peuple français. Des liens très importants se sont noués entre les habitants du Donbass et des Européens de l’ouest et nous sommes fiers d’y avoir participé.

 

Par ailleurs et d’après l’actualité, des sanctions américaines sur le sol Européen, en Allemagne notamment, d’après le projet « Nord Stream-2 » et « Turkish Stream », ou encore de différents problèmes liés sur la « taxe Gafa », le président Français a fait différents discours orientés en faveur d’un réchauffement des relations avec la Russie. Dans quelles mesures cela pourrait impacter les relations européennes et françaises avec les Républiques du Donbass. Pouvons-nous imaginer une reconnaissance de ces républiques par la France ?

Nord-Stream rend l’État américain dingue car c’est un rapprochement économique fort entre la Russie et l’Allemagne ce qui est la hantise suprême de Washington comme l’a rappelé il y a peu de temps le très atlantiste Georg Friedman patron du think tank Stratfor. Trump est aussi exaspéré par la loi française GAFA qui va faire payer des très grosses multinationales des taxes qu’elles évitent aujourd’hui par un jeu fiscal propre à l’union européenne et il est vrai que Macron tente un rapprochement avec la Russie. Ce sont de bonnes choses mais il y a eu tellement de mal de fait par l’occident à la Russie qu’il va falloir beaucoup plus pour que les relations se réchauffent réellement. Dans un premier temps il faudra lever les sanctions économiques et renouer de réelles relations diplomatiques avec la Russie. On est loin de la reconnaissance des républiques du Donbass par la France mais si la France peut mettre la pression sur l’Ukraine pour faciliter les négociations avec la Russie et les républiques du Donbass alors ça sera déjà cela de pris et ça sera une très bonne chose.

 

Avec des racines Serbes, vous menez également des actions humanitaires dans les Balkans, notamment au Kosovo, Voyez-vous des similitudes entre la guerre au Donbass et celles de l’ex-Yougoslavie ?

Oui bien évidemment. Dans les deux cas c’est l’ingérence américaine dans les affaires européennes qui est à l’origine de ces guerres. Les puissances européennes auraient pu aider les parties adverses au lieu de cela elles  ont laissé Washington mener sa politique étrangère sur le continent européen comme s’il était chez lui. Et quand Washington n’obtient pas ce qu’il veut il déclenche des guerres. Si l’Europe politique existait ou si des grandes nations européennes en avaient réellement la volonté il n’y aurait jamais eu de guerre en Yougoslavie ou en Ukraine car ça n’est pas dans notre intérêt. Ces guerres ont été décidées par Washington et l’Europe occidentale n’a pas le courage de s’y opposer. Dans les deux cas on voit bien que les populations locales souffrent, que Bruxelles est ridiculisé et que les seuls qui s’en sortent sont les Américains qui étendent leur sphère d’influence, remportent de gros contrats et empêchent tout rapprochement naturel des peuples européens entre eux.

 

Si vous désirez apporter une attention particulière sur un sujet en particulier, c’est maintenant :

Si vous voulez aider la prochaine mission humanitaire de Ouest-Est pour les victimes de la guerre au Donbass vous pouvez faire un don en ligne sur www.ouest-est.org/nous-aider ou faire un chèque à l’ordre de Ouest-Est / BP 83253 / 69403 Lyon CEDEX O3 / France. Nous sommes habilités à faire des reçus fiscaux. Merci d’avance !

 

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