Le Premier ministre albanais ne va pas « pleurer devant la porte de l’Europe »

« On ne peut pas rester devant la porte de l’Europe et pleurer »: qu’elle s’ouvre ou pas, l’Albanie continuera sur le chemin de l’Etat de droit et des réformes, assure son Premier ministre Edi Rama.

Sous l’impulsion de la France, du Danemark et des Pays-Bas, l’Union européenne a refusé en octobre d’ouvrir des négociations d’adhésion avec le petit pays balkanique de 2,8 millions d’habitants, ainsi qu’avec la Macédoine du Nord voisine.

Aujourd’hui, les partisans de l’agrandissement souhaitent un feu vert à ces discussions avant le sommet sur les Balkans occidentaux prévu en mai à Zagreb.

« Moi je n’espère rien » de ces échéances, dit dans un excellent français Edi Rama, Européen convaincu, lors d’un entretien récent avec l’AFP.

Concession à Paris et à d’autres capitales sceptiques, la Commission européenne vient de proposer un durcissement du processus d’élargissement. Bruxelles publiera fin février un nouveau rapport sur l’avancement des réformes à Tirana et Skopje.

« On doit faire les choses qu’il faut faire » quelles que soient les décisions européennes, poursuit le Premier ministre. « C’est le seul chemin raisonnable pour le futur de nos enfants et le futur de ce pays ».

Le processus d’élargissement comme une réforme du fonctionnement du bloc lui-même sont des sujets qui échappent totalement à Tirana, relève-t-il. Même si, « pour nous aussi, c’est important que l’Europe change ». « En ce moment elle souffre, elle ne fonctionne pas comme il faut, c’est clair ».

« Il ne faut pas continuer à vivre dans cette psychose d’attendre des choses » sur lesquelles le pays n’a pas de prise, poursuit Edi Rama qui dirige le gouvernement albanais depuis sept ans.

Les 27 membres de l’UE, où l’opinion publique est parfois hostile à l’idée d’accueillir des pays pauvres, exigent de Tirana le renforcement de la lutte contre la corruption et le crime organisé ainsi que la progression de l’Etat de droit.

Une vaste réforme de la justice est en cours depuis 2016. Les revenus des juges et des procureurs sont passés au crible.

« L’Albanie a fait plus que tous les autres pays pour ouvrir les négociations », martèle cet artiste-peintre âgé de 55 ans, vêtu d’une longue veste noire d’un genre rarement porté par les dirigeants politiques, baskets blanches éclatantes aux pieds. Mais elle va « continuer à faire ses devoirs » car « on ne le fait pas pour eux, on le fait pour nous mêmes ».

D’ailleurs, pour convaincre les partenaires européens du sérieux de ses efforts, le gouvernement vient d’adopter un décret pour renforcer la lutte anti-criminalité, prévoyant notamment la saisie des biens mal acquis.

De la même manière, après un violent séisme qui a tué fin novembre 51 personnes et endommagé plus de 80.000 bâtiments, le gouvernement vient de proposer au Parlement de renforcer la responsabilité pénale de toute la chaîne du BTP.

A l’approche d’une conférence des donateurs organisée à Bruxelles le 17 février pour contribuer aux efforts de reconstruction, les autorités se disent déterminées à mettre fin à des années d’urbanisation sauvage, surtout dans les zones côtières touristiques.

« On apprécie beaucoup la volonté pour organiser cette conférence et on espère pouvoir avoir du succès », dit le Premier ministre.

Les dégâts sont évalués à un milliard d’euros mais Tirana ne compte pas sur cet événement pour couvrir la totalité de la facture. Le budget sera aussi mis à contribution et l’Albanie prévoit notamment de recourir à l’emprunt obligataire.

Comme on lui demande si le séisme est synonyme de réveil pour toute la société albanaise, Edi Rama se dit « réaliste ». « C’est une grande opportunité pour le pays de donner des exemples d’une différente façon de faire (…) et on va les donner », déclare-t-il. « Mais de là à dire que les Albanais vont devenir des Suédois, moi je ne pense pas que ça va arriver ».

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