France : lorsque les maires des grandes villes élus par la minorité écrasante

À Amiens (Somme), ville de 133 000 habitants, Brigitte Fouré a été élue maire dimanche soir avec moins de 10 000 bulletins de vote. En effet, sur les 72 172 inscrits, seuls 22 087 se sont déplacés pour une triangulaire. Avec 69,40 % d’abstention, la nouvelle maire d’Amiens a été élue par 13,5 % des inscrits. Un scénario que l’on retrouve dans la plupart des grandes villes.

France : lorsque les maires des grandes villes élus par la minorité écrasante

Traditionnellement considérées comme une élection où les électeurs sont plutôt mobilisés, les municipales ont connu cette année une abstention record. Jusqu’à présent, les élections les plus boudées étaient les Européennes de 1989, avec 59,6 % d’abstention.

De municipales en municipales, on constatait ces dernières années une certaine érosion, mais la proximité des élus municipaux, et les débats locaux parfois vifs contribuaient à maintenir un niveau d’intérêt des électeurs relativement élevé.

Pour 2020, l’épidémie de coronavirus et l’éloignement entre les deux tours ont provoqué un effondrement de la participation, estimée dimanche soir entre 40 et 41 % :

Dès le premier tour, le ton avait été donné, avec une abstention record pour une élection d’ordinaire prisée des électeurs. Le coronavirus avait semé le trouble et beaucoup avaient évité les bureaux de vote. Des maires, élus pourtant dès le premier tour, affichent ainsi un rapport très faible entre le nombre de voix obtenues et le nombre d’inscrits sur les listes électorales.

Un exemple : Christian Dupessey a été élu dès le premier tour à Annemasse (Savoie) pour un troisième mandat avec 50,02 % des voix. Cela s’est joué à une voix près… Avec 28 % de participation seulement, 11 212 des 15 527 inscrits n’ont pas voté. Christian Dupessey a été élu avec 2 087 voix, c’est 13,44 % des inscrits seulement. Une situation qui s’est répétée dans de nombreuses grandes villes au second tour.

L’effondrement de la participation entraîne un phénomène particulier pour les maires élus en 2020 : ils sont nombreux à être élus avec moins de 20 % des voix par rapport au nombre d’inscrits, voire moins de 15 % dans certains cas.

Cela est particulièrement saillant dans les grandes villes. Hors Paris, Lyon et Marseille où le système de vote est différent, les maires des villes de plus de 100 000 habitants ont été élus avec un nombre de voix représentant moins de 20 % des inscrits.

Ainsi, Martine Aubry a été réélue à Lille (Nord) sur le fil, avec 227 voix d’avance sur Stéphane Bally. La maire socialiste a recueilli 40 % des voix dans une triangulaire, avec une participation de seulement 31,73 %. Elle a recueilli 15 389 votes : cela représente 12,36 % des inscrits.

Un pourcentage d’inscrits aussi bas se trouve aussi dans des villes où un candidat a été élu confortablement.

À Rennes (Ille-et-Vilaine), Nathalie Appéré repart pour un second mandat avec une large victoire au second tour. Élue en 2014 avec 55,8 % des voix, elle augmente son score en 2020 de près de 10 points avec 65,35 % des voix exprimées. Mais, en raison d’une abstention record dans la capitale bretonne (68,3 %), Nathalie Appéré recueille 23 352 voix sur 116 610 inscrits (20 %), contre 32 851 votes en 2014 (28,44 %).

À l’image de Nathalie Appéré, plusieurs maires de villes de plus de 100 000 habitants ont été réélus, avec une érosion du nombre de voix exprimées par rapport aux inscrits :

L’écart est ainsi impressionnant à Villeurbanne (Rhône), où seulement 24,89 % des 84 080 inscrits se sont déplacés dimanche (20 927 votants). Cédric Van Styvendael est élu maire avec un confortable score de 70,37 % des suffrages exprimés. Mais dans les urnes n’ont été glissés « que » 14 115 bulletins portant son nom, soit 16,8 % des inscrits.

Ces scores faibles n’invalident bien évidemment pas l’élection : il n’y a pas de quorum aux municipales, et un petit nombre de voix ne remet pas en cause la légitimité des élus, leurs opposants ayant toujours eu moins de voix… Cependant, cet argument ne manquera pas d’être utilisé lors d’éventuels débats municipaux, ou dans les oppositions citoyennes sur des décisions locales contestées.

Pour Martial Foucault, directeur du Centre de recherches politiques de Science Po Paris, les maires sont moins exposés à ce type de critique que les élus nationaux, mais certains ont été élus avec les voix de moins de 20 % des électeurs inscrits. En cas de conflit local, l’argument risque de sortir.

Municipales. Dans les grandes villes, de nombreux maires ont été élus par moins de 20 % des inscrits ».

Сommentaires:

Chargement ...